COMPTE-RENDU - Atelier n° 9 : Où en est la gauche ?
Zaïki LAÏDI
La question de la modernisation de la gauche par rapport au moment dans lequel nous nous situons fait irrémédiablement penser à la phrase de Mao Tsé Tung auquel on demandait qu’elle était la part de l’influence de la révolution française sur la révolution chinoise : il est trop tôt pour le dire !
Une observation encourageante : la gauche existe. Il est important de partir de ce fait simple : il y a en France une gauche qui existe et le Parti socialiste n’est pas dans la situation du Parti travailliste dans les années 70.
Ceci peut avoir des conséquences très ambigues : soit le pousser à se moderniser, soit l’inciter à continuer à se livrer à ce qu’il fait depuis un siècle : l’exercice d’un socialisme municipal au détriment du national.
Depuis 1905 en effet, la réussite de la gestion municipale de la gauche est importante mais elle fait abstraction des dilemmes qui encombrent la réflexion nationale. En effet, on peut très bien défendre le bien public sans forcément recourir à la propriété publique : un exemple, les transports urbains assurés dans la plupart des villes de France sur le mode de régie ou de concession par des opérateurs privés liés aux municipalités par des contrats intégrant des obligations de service public.
Mais gérer des villes n’est pas gérer un pays.
« La gauche n’est pas là pour gérer » disent certains. « Si la gauche a perdu, c’est qu’elle n’a pas été assez à gauche et a géré au lieu de transformer ».
Cette prétendue hiérarchie est le fruit d’un héritage caduc du modèle marxiste français. C’est l’Etat que l’on veut mettre au pouvoir. Et en fin de course, on s’aperçoit que l’Etat est un formidable producteur d’inégalités sociales, spatiales et régionales. Il faut en prendre congés. D’autant plus qu’au XXIème siècle, l’ambition d’un parti ne peut plus être de transformer la société. Pourquoi ?
Dans le monde d’aujourd’hui où les changements sont rapides, la société change infiniment plus un parti que le parti ne change lui-même la société.
Cette conception d’un parti extérieur à la société, avec un projet tout prêt en main, fait vieillerie historique. Le politique a changé de sens. Il n’est plus tout, il n’est plus en surplomb de la société ; les individus ne se pensent plus comme il y a 30 ans, ou 50 ans quand, dans un couple, le fait que les deux membres du couple votent différemment était peu fréquent et problématique. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.
Si le politique n’est plus tout, où est-il ?
Il est dans tout, il intervient dans toutes les dimensions de la vie sociale, mais son intervention est en interaction croissante avec les acteurs concernés. Le politique a changé de sens mais n’a pas disparu. Le prétendu clivage entre gestion et transformation n’a plus de sens (cf. domaine de la bioéthique…). C’est à cette transformation des repères qu’il faut se livrer.
Quelle est la nature de la demande politique ? Le rapport au politique se fait à partir du vécu subjectif des individus. Point essentiel car la capacité du politique d’entrer dans le vécu des individus est appréciée. Le politique est là pour alimenter.
Le point fondamental n’est pas de se lancer dans un projet, mais de se doter d’un nouveau vocabulaire, d’une nouvelle grammaire, en ne condamnant pas systématiquement ce que la droite a construit et en alimentant par là un pessimisme social. Comme si pour se montrer vraiment de gauche, il fallait être pessimiste et que le seul objectif assigné était de reconstruire ce qui a été détruit par le libéralisme avec tout ce que cela implique comme conservatisme et nostalgie.
Les prérequis d’une refondation politique
Il faut essayer de définir ce qu’est la gauche. Elle ne peut plus être le porteur d’un projet par la redistribution étatique. Etre de gauche, c’est exprimer une aspiration exigeante pour plus d’équité vers les individus à situation de départ différenciées, par des formes de redistribution avec des incitations fortes.
Le marché peut être un auxiliaire utile de l’équité. L’appel à des ressources privées peut renforcer le bien public.
Garantir l’accès à l’enseignement supérieur pour tous, pour les fils de riches comme pour les autres, et avoir une université plus égalitaire pourrait se faire à travers des universités plus autonomes, qui pourraient avoir les moyens d’acquérir par elles-mêmes des ressources propres, avec un système de frais d’inscription en fonction des revenus des parents et adossé à un système de prêt à taux zéro comme de nombreux pays développés…
La gauche doit rester une gauche de contestation des équilibres du système capitaliste. Mais elle ne peut s’adosser aux « trente glorieuses », période où les compromis sociaux entre le capital et le travail se faisaient dans un cadre national ; ce retour n’est ni possible ni souhaitable.
Le changement social doit cesser d’être pensé sur le mode des dérèglements mais sur le mode d’opportunité plutôt que de continuer à raisonner en termes excessivement déterministes. Il faut admettre qu’il y a des bifurcations, des opportunités réelles et considérables.
Un exemple, celui de l’Internet, une des révolutions les plus importantes, extraordinaires depuis 20 ans. Quelles conséquences ?
L’évolution d’Internet a été imprévisible d’un point de vue social. Au CERN, à Genève, des chercheurs ont trouvé le langage html et ont décidé que ce serait un bien public, non un bien privé. Presque par accident, on a créé le plus grand bien public du XXIème siècle.
Les éléments de contingence doivent être intégrés dans les raisonnements de la gauche moderne.
La mondialisation
Il faut tenir la balance égale entre les problèmes qu’elle engendre et les opportunités qu’elle ouvre. Le compte n’y est pas à gauche. Avec ATTAC, la gauche s’est privée de toute réflexion.
Nous sommes aujourd’hui dans un monde multipolaire, il faut reconnaître l’outil mécénique de la mondialisation. Elle marque la fin de la rente de l’occident sur le monde et crée des opportunités pour des gens qui en étaient privés depuis des siècles. Elle crée une chance historique pour des peuples entiers.
Les inégalités, il faut en parler, les analyser dans leurs complexités.
Ex. 1er éléments : les inégalités entre nations, pondérées par la population, ont fortement baissé depuis 50 ans. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas d’inégalités au sein même d’une même nation.
La mondialisation n’aura que le sens que l’on voudra bien lui donner. Mais si l’on veut transférer au niveau mondial ce que l’on n’a pas réussi au niveau national…
Il faut sortir de l’idée très négative du rôle d’institutions internationales comme l’Organisation Mondiale du Commerce qui est vue comme une institution dérégulatrice et non régulatrice. L’OMC est l’organisation la plus démocratique qui soit. Toutes les décisions y sont prises par consensus. Il faut arrêter de la vilipender. Cesser de penser qu’il y a d’un côté ceux qui sont pour le marché à tout prix et de l’autre ceux qui sont pour la régulation. Les pays en voie de développement sont les plus opposés à la régulation. Pour autant il faut défendre des normes sociales.
Qu’est-ce qui sépare la droite de la gauche ?
Question importante sur le plan opérationnel !
L’écart entre la droite et la gauche existe. Ce ne peut plus être pensé sur le mode d’un divorce absolu entre 2 modes de société opposés. La gauche doit redécouvrir l’individu pour aller vers le collectif, au lieu de penser que la satisfaction de l’individu découle du collectif.
Quoiqu’on en dise, la vocation historique de la gauche reste bien d’accompagner les plus faibles, elle est La force pour soutenir les plus vulnérables - à condition de se donner les moyens de les aider effectivement. Quand les responsables socialistes font la surenchère sur le smic, ils ne les servent pas, bien au contraire ils rendent plus difficile l’entrée des outsiders sur le marché du travail.
Il y a différentes façons de penser la gauche, de se penser de gauche, c’est là la modernisation de la gauche.
Arnaud MONTEBOURG
Rebondit sur l’idée de Zaïki Laïdi qu’un parti a aujourd’hui moins de chance de pouvoir transformer la société.
Les partis et les sociétés parfois s’entrechoquent, parfois se renforcent et vont ensemble.
Nous avons besoin d’écouter la société, d’analyser les décalages. Ces désaccords, ces décalages, c’est notre travail. Il faut présenter, faire connaître nos propositions opérationnelles et les valeurs qui les sous-tendent.
Il faut reconnaître à Ségolène Royal d’avoir su faire le lien entre la 1ère et la 2de gauche.
Un grand nombre des clivages peuvent être dépassés par une nouvelle donne. Ainsi, nous avons à mesurer à quel point la question environnementale est centrale, décisive – et comment elle va s’imposer au marché. Tout a été essayé sur la maîtrise des marchés. Les états ont perdu une grande part de leur possibilité de régulation. En nous clivant, les uns archaïques, les autres libéraux, on ne risque pas de gagner.
Mais le grand poème épique du XXIème siècle sera l’environnement. Il s’imposera à tous.
Nous serons obligés de rationner le gaz carbonique, qu’on le veuille ou pas, ce qui aura des conséquences inimaginées sur la vie de tous. Le politique va être obligé d’en tenir compte, dans tous les domaines. L’ensemble de nos débats se trouveront dépassés, obsolètes.
Si Al Gore est élu, ce qui pourrait bien être, il sera le Roosevelt de la question environnementale.
Des investissements considérables devront être faits dans les nouvelles technologies de transformation, une révolution industrielle menée qui nous touchera tous. Cela va créer de nouveaux périls sociaux. Les gens auront besoin de se tourner vers la gauche. Elle doit être au rendez-vous.
De nombreuses intrusions sociales ont fait apparaître ces dernières années des politiques publiques qui n’existaient pas auparavant.
La question de la vitesse est devenue une politique publique.
Civisme, cohésion, ordre : un combat est à gagner. Il n’y a aucune raison de laisser la question sociale à la droite. Nous devons construire un nouveau civisme.
Une restructuration de notre conception de l’Etat est à opérer.
La question démocratique appartient à la gauche et doit être au centre de nos réflexions.
Marylise LEBRANCHU
Où en est la gauche ?
Derrière nous, trois échecs :
- 1993, défaite morale ;
- 2002, projet insuffisant et défaite politique, à la suite notamment de nombreuses revendications catégorielles agréées par le gouvernement qui ont déstabilisé une partie de la population ;
- 2007, victoire idéologique de Sarkozy avec une sorte de tricherie sur le fond (focalisation sur le sécuritaire qui fait oublier l’ISF…).
Il faut que l’on ait en face de nous, pour travailler, la force syndicale. Il y a un vrai discours à tenir, mais on ne rencontre plus cette gauche syndicale.
Il nous manque un autre champ, celle de la gauche mutualiste, élément fort de résistance au profit à court terme, porteuse de protection collective.
Il faut que nous ayons, en relation, un questionnement fort qui permettrait que les militants en déshérence se retrouvent.
Il faut prendre acte et examiner ce que signifient le traitement du communautarisme, les revendications identitaires. Faire attention, donner l’alerte : l’espace public est en train de se privatiser, la République n’y est plus rencontrée…
Le temps et l’espace se sont contractés et nous n’avons pas pris correctement en compte ce retour du religieux.
En 2001, nous n’avons pas assez réagi. On est en train de vivre quelque chose de fondamental et il ne faut pas taxer de civilisation le fait religieux…
Ces sujets mondiaux, pertes de repères, d’engagements, sont déstabilisateurs et on va chercher la protection facile, l’ordre, l’ordre simple…
Il faut réagir chaque fois que l’on touche aux droits fondamentaux. On laisse dériver. Il faut avoir ce courage, que la gauche puisse vivre la tête haute.
Les propos de Zaïdi Laïdi sur le SMIC ont fait vivement réagir. Mais il faut avoir en tête que beaucoup de personnes qualifiées sont aujourd’hui payées au SMIC. Problème qui, nous le savons, ne se règle pas par l’augmentation du SMIC mais par la régulation. Chantier très important.
La société française évolue très vite et on n’a plus de vision. L’individu de gauche aujourd’hui est malheureux. Il ne sait pas lire ce qui nous attend.
Bertrand DELANOÉ
Où en est la gauche ? Bien prétentieux de vouloir y répondre…
Ayons une relation à l’histoire. On ne fait rien au présent et on ne réussira pas à construire pour demain sans elle.
La gauche est une succession cohérente de luttes, de moments de gestion pour faire que liberté et justice puissent être vécues et portées ensemble. Nous sommes d’abord les héritiers des souffrances. Il faut porter sur notre histoire récente des regards lucides et bienveillants. Apporter de la justice, c’est la noblesse de la gauche, même lorsqu’elle n’arrive pas à la porter dans ses actes (ainsi, par exemple, Jaurès n’a jamais été membre d’un gouvernement).
Humblement, il faut être capable de dire que pendant les 3 dernières législatures nous avons raté un certain nombre de choses. Et accompli des progrès, gagné des acquis importants : le revenu minimum, la politique de formation, par exemple, pour faire référence à Michel Rocard ici présent.
Il faut apprendre à nous autocritiquer et à porter ce que nous avons fait auparavant.
Notre apport à la démocratie aujourd’hui
Nous ne devons pas nous limiter à la préparation d’une alternance. Notre devoir est pour tout de suite, en nous manifestant dans des oppositions utiles pour ceux qui ont besoin de nous. Nous avons un devoir immédiat : représenter celles et ceux qui nous ont fait confiance, ne pas les désespérer par notre égoïsme. Nous avons le devoir de les défendre et d’être audibles. C’est bien la mobilisation de gauche qui a porté un grand coup contre le CPE !
S’il n’y a pas de contradiction, de diversité, que devient l’âme française ? Nous ne pouvons pas laisser ainsi le terrain inoccupé, ne pas réagir aux implications sous-jacentes. Ainsi, le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy implique de l’analyse et de la lucidité car il s’agit bien d’une expression politique de la France. Or c’est un discours bâclé, au ton néo-colonialiste et condescendant qu’il a tenu.
Notre devoir est d’être au service de l’identité de la France.
Référons-nous au dernier discours de politique étrangère de Nicolas Sarkozy devant les Ambassadeurs. Le Président de la République déclare explicitement qu’il y a une menace de conflit entre Islam et Occident – terrorisme et forces de civilisation… une terrible confusion intellectuelle. Toutes les religions sont respectables.
Il nous faut être là pour dire les valeurs de la gauche et que pour la France le conflit que nous devons redouter et gérer c’est un enjeu de civilisation pour la liberté de l’homme.
J’ai voulu rendre hommage à Jean-Paul II, ce qui n’a pas toujours été compris, car il a eu la force de s’opposer à Bush pour la paix du monde, pour dire face à Bush non à la guerre des civilisations, non à la guerre des religions.
Toutes ces questions sont des questions de la gauche.
Nos devoirs : être des opposants et des constructeurs de la gauche.
La question de l’environnement demande effectivement des réponses immédiates, une politique forte et mondiale.
Mais parlons de notre rapport à la mondialisation – nous les internationalistes. Il n’y a de progrès social que lorsqu’un rapport de forces se crée par les forces du travail. Aujourd’hui, dans notre économie de marché, comment gérons-nous ces rapports de force ? Où en est l’internationale syndical ? l’internationale socialiste ? Nous ne cherchons pas les instruments qu’il faut pour créer ces rapports de force.
La mondialisation développe des inégalités entre les pays en voie de développement, il faut être vrai.
Il a été certes dit des choses justes sur l’OMC, mais pourquoi ne pas reprendre les propositions de son directeur, Pascal Lamy, sur l’enseignement, la santé, la culture…
Il faudra réformer et réformer à gauche
La démagogie est notre poison.
Comment traiter la question des retraites ? Si nous ne touchons à rien, nous condamnons toute espérance de réforme… Ayons le courage de chercher autour de quelques vérités :
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Nous vivons plus longtemps, il faut organiser notre vie sociale avec cette nouvelle donne.
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Il y a des problèmes de financement et il faut chercher de la justice sociale. Pourquoi dire que les modalités de retraite doivent être la même entre un haut fonctionnaire et une infirmière ? Il faut introduire une différence de statut et de droit suivant des critères de justice sociale et introduire ainsi des choses qui ne feront pas forcément plaisir à tous.
Les instruments des valeurs de la gauche
La plus grande richesse de la gauche, ce sont celles et ceux qui en attendent quelque chose. Ce sont les militants, les femmes et les hommes, une gauche qui doit avoir le courage de la vérité et de la confrontation.
Si la gauche réformiste se sent culpabilisée par la « gauche de contestation », nous n’arriverons pas à produire du progrès social. Il faut travailler avec toute la gauche, il faut rassembler pour faire, pas pour se disputer les uns les autres et ne jamais parvenir à accomplir de réformes.
Si nous voulons rassembler, il faut oser le débat de la vérité ; le Parti socialiste, sans arrogance, est le seul à pouvoir faire gagner toute la gauche.
Aimons notre Parti ! Demandons lui de changer pour avancer ensemble, pas pour dénigrer le voisin !
Nous n’avons d’avenir qu’ensemble, dans la vérité, dans le courage. Dans l’engagement, il n’y a jamais de récompense individuelle. La plus belle récompense, c’est la victoire des autres, c’est leur vie qui change.
Julien DRAY
Je vais parler de la gauche à partir de ce que nous venons de vivre. J’ai essayé de comprendre ce qui s’était passé. Je vais repartir de ce que j’ai entendu tout au long de ces journées.
Est-ce qu’on en a pris pour 10 ans ? Faut-il tout jeter et repartir à zéro ? Toutes les questions doivent être mises sur la table – par exemple, faut-il changer de nom ?
Chacun doit dire sa vérité.
Je voudrais exprimer comment j’ai vécu cette campagne présidentielle.
Nous avons perdu une élection, nous avons subi une défaite, mais je le dis sans ambage, n’en faisons pas une déroute et un cadeau supplémentaire à ceux qui ont gagné. En 1993, oui, il y avait une déroute, une défaite morale. 40 députés à l’AN. Nous ne sommes pas dans cette situation, bien loin de là. Et nous sommes interpellés, attendus.
Nous étions à la fin d’un cycle historique, celui ouvert par la stratégie d’Epinay prolongé par celui de la gauche plurielle. Nous n’avons pas su anticiper le nouveau, nous n’avons pas su fabriquer les réponses à la hauteur des espérances du pays, pas su les traduire dans un projet cohérent.
La campagne nous a obligé à rentrer de plain pied dans ce nouveau cycle politique, nous avons voulu y répondre en revendiquant la gauche du XXIème siècle, celle qui affronte le monde tel qu’il est.
Ce cycle, c’est celui de l’installation du capitalisme financier transnational,
nouvelle phase d’expansion, permis par la chute du mur de Berlin et la fin du partage du monde. La mondialisation, c’est le produit de la victoire de la strate financière du capital sur l’investissement productif. C’est la domination de la spéculation, du court terme et la maximisation au moindre risque des taux de rentabilité.
Ce capitalisme financier a une règle : le profit sans entraves, la suppression de toutes règles de toutes contraintes. La réduction de l’individu à un homo-économicus.
Son résultat, c’est un désordre généralisé (social, économique, sociétal) qui engendre des injustices sans précédent et s’en nourrit. C’est l’incertitude et le doute permanent. Nicolas Sarkozy l’a bien compris et en joue, participant à l’organisation ce grand désordre pour mieux en apparaître comme le rempart (violeurs, multirécidivistes…).
La gauche, parti de la justice
Face à cela, les socialistes se doivent d’être les artisans de la justice car nous voyons bien que ce que nous devons opposer à ce désordre généralisé, c’est la construction d’un ordre social juste. Nous avons commencé à poser des jalons dans cette campagne. C’est autour de l’idée de justice que s’organise la résistance.
Il faut revenir aux fondamentaux sur la justice, à tous les niveaux. Toutes les mesures que nous élaborerons ainsi trouveront logique et cohérence. C’est ce qui nous a manqué. Ainsi, pour exemple, la réduction du temps de travail doit être portée comme une conquête sociale et non seulement un instrument technique de lutte contre le chômage et de développement de l’emploi.
Nous devons construire une nouvelle alliance
afin de créer les conditions d’un nouveau front de classe notamment avec ceux qui, croyant gagner, sont victimes de la mondialisation. Il faut comprendre comment se traduit la fragilité dans notre société et ceux qui sont les plus exposés à cette situation de désordre social organisé.
Il faut porter un nouveau modèle de développement où l’impératif idéologique, l’investissement humain sont les nouveaux moteurs d’un cercle vertueux de croissance. C’est par là que se crée le nouveau grain à moudre pour les salariés, les conditions de travail, les services publics.
Ce nouveau cycle fonde une nouvelle stratégie d’alliance majoritaire, un nouveau front de classe comme dirait Jean Poperen qui permettra de créer les conditions du contrat à passer. C’est cela la coalition arc-en-ciel. Elle est le rassemblement des productifs (c’est-à-dire des salariés et de ceux qui jouent le jeu loyal de la production de richesse matérielle).
C’est autour de cette question-là que se définira notre projet. Avec une réforme institutionnelle pour une démocratie tournée vers la 6ème République.
Je suis socialiste et profondément révolté, et j’aspire quotidiennement à transformer le monde dans lequel je vis.
Nous sommes des révolutionnaires réalistes. Le changement profond est possible.
Michel ROCARD
Je viens d’apprendre que nous battons des records d’audience. La vigueur du Parti socialiste se re-confirme à cette occasion pour découvrir que le débat collectif est important. C’est une 1ère des victoires de reconstruction dont nous avons tant besoin !
Merci à Marylise pour ses fortes références à l’économie sociale et au secteur mutualiste.
Merci à Bertrand d’avoir insisté sur le poids de notre histoire.
Quelques suppliques
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Reprenons la numérotation des congrès, c’est plus lisibles dans l’évolution historique que le nom des villes où ils se sont déroulés.
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Arrêtons de vouloir changer de nom, il porte notre histoire, notre capacité à assumer nos défaites et nos victoires.
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Beaucoup d’entre les participants n’ont pas aimé les questions de Zaïki Laïdi, mais le fait de ne pas aimer ne nous en débarrasse pas ! Le fait que le Parti socialiste décide de faire appel pour animer notre atelier à un questionneur des plus costauds est signe de notre volonté d’avancer.
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A nos amis journalistes : il ne faut pas passer sous silence tout notre travail de réflexion au profit de petites phrases. Ne pas centrer votre intérêt sur des histoires de personnes à défaut de la substance.
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Nous n’avons pas besoin de chef de manœuvre, nous savons réfléchir sans. Nous avons des obstacles à surmonter de façon interne, certes. Essayons de ne pas préférer la politique de la posture à celle du résultat (comme sur la directive Bolkenstein).
Nous traînons culturellement 3 présupposés tenaces
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La proximité avec le parti communiste français ; est-ce vraiment mérité ?
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L’étatisme, le réglementarisme ; or la centralisation est plutôt de droite, la décentralisation de gauche, nous le savons maintenant.
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Le syndrome de la demande ; il faut parler de la liberté et du libéralisme.
Nous sommes des libéraux
Dans notre longue histoire, il y a ce fait important que pendant les 3 premiers quarts du XIXème siècle, les socialistes ont été des combattants des droits de l’homme et des libertés. Nous sommes des libéraux.
Economiquement, le libéralisme n’a jamais gommé le fait que la liberté n’est pas la licence.
Nous vivons une escroquerie mondiale. L’axiome que « la vraie liberté c’est l’absence de règles », c’est celui du monétarisme, de l’ultra-libéralisme. Ce n’est pas du libéralisme. Nous sommes demandeurs de règles sans lesquelles c’est la jungle.
Je me méfie de toute rénovation par le jeunisme qui ne s’accompagne pas de profondeur dans la réflexion.
Un concept : être clair dans nos explications
Il faut être clair vis-à-vis des électeurs afin qu’ils comprennent ce qui se passe. Pourquoi ce capitalisme qui existe depuis 2 siècles, nous a offert le plein emploi, nous amène aujourd’hui à une situation dans laquelle la somme des chômeurs, des précaires et des plus pauvres dépasse les 20 % de la population dans les pays développés ?
Trois critères caractérisent le socialisme
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l’internationalisme : combat de solidarité dans l’ensemble du monde,
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l’économie sociale : le non marchand a été la priorité des socialistes (défense des services publics, protection sociale, solidarité mutualiste, culture, éducation…),
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le socialisme, c’est d’abord un combat éthique.
Quelles sont les conditions économiques dans lesquelles nous fonctionnons ?
Une extraordinaire révolution s’est produite à l’intérieur du capitalisme. Des régulations avaient été mises en place :
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la sécurité sociale, grand stabilisateur (retraite, allocations chômage, allocations sociales…). Il n’est pas sans signification que le gouvernement de N. Sarkozy essaie de l’amoindrir.
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La politique keynésienne pour jouer les contrecoups des fluctuations du marché mondial.
« je paye mes salariés pour qu’ils achètent mes voitures » Henri Ford – une production de masse pour une consommation de masse.
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L’actionnaire, absent, s’est organisé. Cela a conduit la création de fonds, dont les fonds de pension sont les plus puissants. Ce qui a conditionné une évolution de nos entreprises et a, notamment, conduit à l’externalisation d’une grande partie de nos productions. Ce qui a fragilisé le capitalisme…
Une réponse à cela
- par le renforcement de la réponse syndicale,
- le changement de statut des entreprises,
- par la clarté dans notre analyse :
et de nouvelles victoires sont à notre portée !
DEBATS AVEC LA SALLE
De nombreuses remarques ou questions sont posées par les participants, qui appellent pour certaines des réponses des intervenants.
Parmi les réflexions : continuer les débats participatifs – comment peut-on être individuellement brillant et collectivement idiot ? – moderniser la gauche = c’est être mieux à gauche – il faut une analyse approfondie de la transformation sociale des classes pour fonder une rénovation – que nos responsables ne continuent pas sur des stratégies personnelles.
Bertrand Delanoé, suite à la remarque que les personnes handicapées souffriront particulièrement de la mise en place de la franchise médicale, souligne qu’effectivement la question du handicap est un enjeu qui mérite de mettre en place une véritable politique publique.
Il rappelle par ailleurs que pour mener à bien certaines politiques il faut créer de la richesse, de la ressource et qu’il faut se servir de l’économie de marché quand c’est possible (référence à Vélib).
Julien Dray confirme qu’il faut créer un front de classe. Et que quand il dit « financiarisation » l’alternative doit rassembler : les productifs, les salariés et les autres tels les patrons des PME.
Marylise Lebranchu répond à de nombreuses questions avant de conclure.
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Sur « l’ouverture » faite par Sarkozy, elle confirme que ceux qui ont accepté d’être à l’intérieur du gouvernement ne sont pas ou ne sont plus socialistes. Par contre, il n’y a rien de choquant à faire partie d’un groupe de travail ; elle a, elle-même, constitué des groupes de travail en y conviant des personnalités de droite alors qu’elle était ministre de la Justice.
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Il faut savoir lever nos tabous au PS.
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Les réponses catégorielles de la période fin 2001/ début 2002 ont certainement été humiliantes pour un certain nombre.
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En ce qui concerne les institutions, et le prochain projet de loi, nous avons un texte actant nos positions. Mais il faut certainement travailler sur les rapports institutions françaises / Europe / mondialisation.
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Elle rejoint Michel Rocard et les participants et demande le silence à ceux qui sont médiatiquement connus. Façon d’obliger les médias à aller sur le fond.
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Les générations marchent et réfléchissent côte à côte, ensemble, histoire et expérience sont précieux à tous.
Elle rappelle que la violence vient des humiliations : humiliation de la seconde génération, humiliation devant le désert de l’espace public, humiliation de ne pas avoir la possibilité d’envisager une réussite personnelle, humiliation des femmes voilées, humiliation de celui qui n’a pas travaillé en temps et en heure à l’école, humiliation des pays africains après le discours de Dakar…
Nous n’avons pas répondu à ces humiliations. Alors que nous avons un devoir de respect de la dignité.
La Gauche, avec les forces sociales, a à dire qu’il y a une dignité personnelle et collective.
